Au temps oĂą les chevaliers erraient et les chansons de geste rĂ©sonnaient dans les cours seigneuriales, vivaient les quatre fils Aymon : Renaut, Allart, Guichard et Richardet…

Les fils du comte Aymon de Dordone Ă©taient des vassaux de l’empereur Charlemagne, et leur hĂ©ros, Renaud de Montauban, Ă©tait bien souvent accompagnĂ© par son cousin l’enchanteur Maugis qu’on disait voleur.

L’existence de ces quatre frères s’inscrivait dans le cycle carolingien et dans les chansons de geste. Leur histoire Ă©tait chantĂ©e par les trouvères et jongleurs qui la transcrivaient dans la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale. Pourtant, on suppose que le cheval enchantĂ© Bayard trouve ses origines dans des rĂ©cits plus lointains…

L’empereur, admirant la vaillance de Renaut, lui avait offert le cheval-fĂ©e Bayard : une monture extraordinaire. NĂ©e de l’union d’un dragon et d’une serpente, elle avait Ă©tĂ© lĂ©guĂ©e Ă  Charlemagne par l’enchanteur Maugis d’Aigremont.

Bayard, robuste et invincible, portait en son nom l’Ă©vocation de sa robe « bai brun », mais sa beautĂ© dĂ©passait de loin tout ce que l’on pouvait imaginer.

Un jour, une querelle Ă©clata entre Renaut et Bertholai, le neveu favori de l’empereur. Lors d’une partie d’Ă©checs, les passions s’enflammèrent et Bertholai en vint aux coups et aux insultes. Lorsque Renaut rapporta l’incident Ă  l’empereur, ce dernier prĂ©fĂ©ra soutenir son neveu plutĂ´t que de rendre justice.
DĂ©sireux d’assouvir une vieille rancune familiale, Renaut tua Bertholai, plongeant les quatre frères dans la fuite et l’errance.

Enfourchant le puissant et fougueux Bayard, les frères s’Ă©chappèrent des griffes des soldats lancĂ©s Ă  leurs trousses par Charlemagne.
Un miracle se produisit lorsque le dos de Bayard s’allongea dĂ©mesurĂ©ment, permettant aux quatre frères de chevaucher ensemble, sans que le cheval ne ralentisse un instant son galop. D’un bond prodigieux, Bayard franchit la Meuse et mis Ă  l’abri ses cavaliers.

Les quatre cavaliers et leur fringant destrier trouvèrent refuge dans la sombre forĂŞt des Ardennes. LĂ , l’enchanteur Maugis les prit en amitiĂ© et fit Ă©riger pour eux le fabuleux château de Montessor, perchĂ© sur le site rocheux des Quatre Fils Aymon, Ă  Bogny-sur-Meuse. Mais la colère de Charlemagne ne s’apaisa pas. Il les retrouva et les assiĂ©gea durant plusieurs annĂ©es, les contraignant Ă  fuir Ă  nouveau.
Les fils Aymon errèrent dans la forêt, se nourrissant de feuilles et de racines, tandis que leur adversaire usait de traîtrise et tendait des pièges. Cependant, leur loyauté demeura intacte.

Le paladin Roland et les douze Pairs de Charlemagne firent enfin flĂ©chir l’empereur, le guidant vers la paix avec les fils Aymon. Mais le monarque exigea un prix : la remise du cheval-fĂ©e Bayard. Après de nombreuses batailles, c’est le cĹ“ur lourd que Renaut consentit Ă  se sĂ©parer de sa monture prodigieuse.

Charlemagne, impitoyable, fit jeter Bayard dans la Meuse, son cou alourdi par une pesante meule. Pourtant, dans un Ă©lan de grâce et de force, le cheval remonta Ă  la surface et brisa la meule d’un coup de sabot. S’Ă©chappant dans les bois ardennais, il choisit de s’Ă©carter du monde des humains, ayant perdu foi en leur loyautĂ©.

Ainsi, dans les ténèbres des nuits sans lune, on peut encore saisir son cri majestueux se propager parmi les feuillages ténébreux de la forêt des Ardennes.

Les fils Aymon, eux, vĂ©curent encore de nombreuses aventures et batailles, mais jamais sans l’aide de leur cher Bayard, qui leur manqua toujours. Et pourtant, on raconte que son souffle chaud et son odeur sucrĂ©e planent toujours sur les lieux oĂą il galopait autrefois, laissant derrière lui un nuage de poussière dorĂ©e et le souvenir impĂ©rissable de sa grandeur.

Sources : Chanson de Geste des Quatre Fils Aymon et La France Enchantée, Légendes de nos Régions par E. Brasey Illustration générée par Midjourney

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